Sélectionner une page
  • cover journal chine

Journal de Chine (Signed Copy)

Pierre Bessard

Sous nos yeux, une carte du monde. Il n’y aura pas de débat. La Chine s’impose d’elle-même….

C’est décidé, nous partons en famille, mes deux enfants, Victor-Eliott (3 ans et demi), Louis-Andrea (18 mois) ; mon épouse Laure et moi-même, nous installer à Pékin.
Partir une année pour tenter autre chose et découvrir d’autres horizons …

Laure et moi avons déjà, tous les deux, une ébauche d’histoire personnelle avec l’Empire.
Elle a, dès son enfance entendu son grand-père sinologue, parler de cette mystérieuse contrée, de cette civilisation riche et complexe, des caprices de sa langue, des révolutions paysanne, industrielle puis culturelle, et de son gigantesque développement.
Quant à moi, j’avais souvent traversé le pays sans vraiment y pénétrer. J’ai débarqué en Chine au début des années 90 pour y décrocher mes premiers visas pour la Corée du Nord. C’était, et cela reste, le corridor obligé de la plupart des aventures chez les Kim. J’avais ensuite réalisé quelques reportages à la campagne ou à Shanghai. Mais j’étais toujours reparti un peu « frustré ». Notre année ailleurs sera donc chinoise. L’idée nous semble naturelle.

Je connais l’appétit des rédactions françaises ou occidentales pour le pays. Il y a tant de mythes à abattre. Tout le monde « veut » de la Chine et plus seulement des chapeaux pointus dans les rizières ou des plans infinis d’ouvriers en uniformes travaillant à la chaîne. Les médias commencent à découvrir une autre Chine, celle des milliardaires, des artistes rebelles, des créateurs de géants de l’Internet. Etre sur place me donnera cet « insight » difficile à appréhender depuis Paris.

Avant même de décoller, je me promets de réaliser, en plus de mes reportages, au moins une photo par jour. Je veux fixer les choses, les miens dans le temps. Laisser une trace au delà de mes images de presse. La peur de mourir me soufflent des amis. Peut-être…
J’avais, par le passé, plusieurs fois tenté de respecter cette « astreinte » sans jamais tenir plus de deux ou trois mois. Je n’ai plus d’excuse. L’immersion totale dans ce pays avec mes proches que j’aime m’encouragera et l’exercice deviendra plaisir .
Ces photographies n’ont pas pour objet de raconter la croissance chinoise ; « l’usine du monde », « le miracle » ou « l’eldorado », « les esclaves du capitalisme sauvage » ou « la misère ». Elles sont le témoignage de notre immersion familiale et notre volonté d’intégration dans un pays fascinant mais déroutant. Un regard sur « notre » Chine. Notre quotidien, nos coups de coeur mais aussi nos surprises ou nos déceptions.

En feuilletant le livre aujourd’hui, je m’aperçois que les enfants, Laure, nos amis français sont beaucoup plus présents dans les photos des premiers mois. Nous hésitions peut-être alors à nous lancer seuls dans l’aventure chinoise et restions plus en « meute ». Puis l’appréhension passée, chacun vivra plus indépendamment sa Chine et hésitera moins à quitter, pour quelques heures ou quelques pages, le cocon très protecteur de la famille. Les enfants auront leurs nouveaux copains, leur maîtresse et leur « ayi. » Laure s’est reconstituée une autre vie, mène une vie différente avec un noyau d’amis et profite des bons côtés de la vie chinoise. Moi, malgré un mandarin toujours très hésitant, je m’aventure de plus en plus profond dans l’empire. Je pars loin et je rencontre des personnalités de plus en plus fortes.
Avec un peu de recul sur cette aventure chinoise, je réalise combien ces 365 jours ont été sains et vivifiants pour notre famille.Notre petite aventure a ouvert notre appétit de dépaysement. Les enfants continuent de se disputer, de se parler en chinois, et réclament désormais des vacances  » très, très loin ». Laure a pris goût à l’exotisme, elle n’écarte plus l’idée d’une autre année « expérience » étrangère et moi je me perds, le soir, dans mes cartes du monde. Un nouveau départ.

Catégorie : Brands: .

Pin It on Pinterest

Share This