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The Benevolent Sun

Pierre Bessard

2 500,00€

The Benevolent Sun by Pierre Bessard  Soucieux de donner à la photographie une dimension émotionnelle et esthétique et une dimension documentaire, mêlant le fait quotidien, la densité de l’instant présent, le hasard et ses surprises, les traces d’histoire, l’émotion des hommes et des femmes…, j’ai entrepris depuis quinze ans un projet ethno-photographique sur la civilisation coréenne.

Au cours de dix-sept voyages à Pyongyang, j’ai amorcé ce travail de recherche que je poursuis et équilibre par des séjours à Séoul, la capitale de la Corée du Sud.

Pour mener à bien cette recherche, j’ai choisi d’explorer et de mettre à contribution les possibilités de la chambre panoramique.

SOMMAIRE

I° / Approche documentaire

A- Aspects sociologiques

1 ) Photographier le territoire

2 ) Documentaire / reportage

 

B- Aspects politico-économiques

II° / Approche esthétique

A- Art et document

B- La chambre panoramique

III° / Approche émotionnelle

IV° / D’un livre

I° / APPROCHE DOCUMENTAIRE

         A- Aspects sociologiques

1 ) Photographier le territoire

« Dans son origine, toute photographie est découpe d’une portion d’espace et projection en image d’une pensée regardante qui s’approprie un morceau du monde. »

Jean-Claude Lemagny

Pyongyang, capitale de la république populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) ; Séoul, capitale de la Corée (Corée du Sud) : deux espaces urbains, deux capitales, deux symboles, qu’il faut d’abord identifier en y disposant des marques visuelles aussi précises et justes que possible.

Par delà les ruptures provoquées par la partition de la péninsule, mais sans les biffer ou plutôt en les montrant de façon non-dramatique, répertorier toutes les formes de vie urbaine de la civilisation coréenne en fixant l’inscription dans l’espace(s) et dans le(s) temps de chaque couche sociale, de chaque catégorie professionnelle.

À travers cette découpe raisonnée de l’espace urbain, dévoiler et expliciter les valeurs culturelles, sociales et politiques propres à l’ensemble du peuple coréen, tout en soulignant à l’occasion la différence dans la mise en oeuvre de telle valeur selon l’ensemble idéologique considéré.

Retrouver derrière toute la diversité du spectacle social – vivre, manger, se déplacer, communiquer, travailler, lutter, ne rien faire, mourir, s’aimer…- qu’il concerne le Coréen le plus ordinaire, l’homme d’état ou d’industrie le plus en vue, ce réservoir de signes qui sera comme la carte d’identité visuelle de ces deux entités urbaines.

2) Documentaire/reportage

Entreprendre une démarche ethno-photographique, c’est avoir envie de saisir le réel dans toute sa complexité, de parvenir à distinguer par l’image un environnement composite où s’empilent des hommes, des choses, des idées, du vide aussi… Chaque image sélectionnée est toujours beaucoup plus qu’un morceau d’espace cadré, elle possède une valeur sociologique au sens large : une révélation de la façon de vivre ici et maintenant des Coréens. Pour (re) constituer cette mé-moire collective, la photographie s’arrêtera sur les faits les plus anodins, sur les traces d’histoire exhibées ou dissimulées, sur les éléments d’architectures, les portraits d’anonymes ou de personnalités…

Approcher et fixer cette réalité urbaine, qui est comme la déclinaison des valeurs culturelles, sociales et politiques de ce peuple, en développant deux attitudes :

– Le documentaire : planifier, construire des séjours en ayant la volonté d’épuiser systématiquement le sujet à photographier.

– Le reportage : se laisser aller à la simple flânerie, au hasard, à la rencontre, à la déception, à l’échec…

D’où des photographies qui seront à la fois le fruit d’une recherche raisonnée, d’une très forte intention, et d’une découverte, d’une surprise. Autrement dit : imposer à l’espace sa pensée regardante sans lui ôter le luxe d’y glisser ses propres images.

         B- Aspects politico-économiques

Pyongyang et Séoul sont chacune la vitrine de modèles idéologiques dont la confrontation a conduit à la mise en place de la politique des « 2 Corée ». Elles portent donc sur elles toutes les traces, voire les stigmates, et parfois jusqu’à l’extrême, des évolutions contrariées qui ont affecté cette nation homogène depuis des siècles. À peine, 250 km séparent ces deux villes, mais la ligne de démarcation militaire qui traverse la péninsule est l’une des frontières les plus infranchissables du monde depuis presque un demi siècle.

Pour la première fois depuis l’Accord d’armistice de 1953 qui mettait fin à la guerre de Corée, on assiste à une évolution de la question coréenne avec la signature de l’Accord Nord-Sud, le 13 décembre 1991, puis la déclaration sur la dénucléarisation de la péninsule Coréenne, le 20 janvier 1992, ouvrant des perspectives encourageantes.

À ce stade, plusieurs interrogations demeurent, que la photographie doit non seulement pouvoir souligner, mais, peut-être aussi, expliciter : comment est-il aujourd’hui possible de réaliser l’unité nationale malgré les divergences idéologiques, politiques, économiques et mentales des deux pays ?

Quels seraient les ferments de cette unité nationale retrouvée ? Quels sont tout à la fois les enjeux politiques et économiques de la réunification ? Quelles seront les répercussions de l’existence d’une Corée réunifiée en Asie et dans le reste du monde ?

Dans le cadre de ce travail, il s’agit tout à la fois de souligner l’ampleur de la transformation à venir, d’en décrypter les signes avant-coureurs, d’insister sur les éléments de la tradition culturelle coréenne qui la sous-tendent, mais aussi de surprendre la façon dont cette volonté profonde se donne à voir, ou se cache, de part et d’autre de la ligne de démarcation.

L’objectif est ici de parvenir à une sorte de préfiguration de cette future Corée ; d’en tracer les lignes de force, non pas en les inventant mais en les devinant, en les sentant à travers le matériau cadré, qu’il s’agisse des êtres, des scènes ou des paysages. Sans renier sa fonction de témoignage, la photographie se doit de proposer une vision : d’obtenir des êtres ou des choses qu’ils livrent d’abord les signes d’avenir qu’ils recèlent en eux ; les amener à faire oeuvre de prémonition et à livrer quelques-unes des clefs de cette volonté d’unité qui travaille en profondeur chaque pays et qui, tôt ou tard, fera rentrer la nation coréenne dans ses frontières géographiques et culturelles.

II°/ APPROCHE ESTHETIQUE

A- Art / document

Cette « pensée regardante qui s’approprie un morceau du monde » ne vise pas seulement à délivrer un savoir, mais aussi à disposer les traces du réel selon l’ordre de l’émotion esthétique.

Ne jamais gommer cette dualité du document photographique, ne pas l’exagérer non plus, mais parvenir dans chacun des clichés retenus à une tension équilibrée.

Se soucier constamment de la forme précise et particulière à travers laquelle le document photographique doit délivrer sa révélation ; c’est-à-dire laisser jouer le désir de perfection, de beauté, de suprématie esthétique, au point que chaque image doive être unique, ou au moins donner ce sentiment.

Chaque image sera le fruit de ces deux volontés- exclusive à l’extrême : volonté de (dé)montrer ; volonté de fasciner.

B- La chambre panoramique

L’utilisation de ce format correspond au désir de montrer les choses sous la forme d’un continu, de présenter un véritable déroulement narratif. C’est vouloir être le témoin de la juxtaposition – et non pas, comme avec d’autres formats mettant en valeur la profondeur du champ, l’empilement – dans un même espace de scènes se déroulant simultanément mais n’ayant pas forcément de liens entre elles.

La photographie panoramique renforce l’effet de réalité en cherchant à montrer plus et de manière plus riche, mais en même temps elle contredit la logique de la photographie conventionnelle puisqu’elle tourne le dos au détail au profit de la continuité temporelle et de l’extension spatiale.

La chambre panoramique suppose un regard flânant, longeant, suivant, filant les choses et les êtres, d’où cette impression d’étirer ou d’étendre le monde : d’en surprendre la traînée.

Élargir la vision, appréhender de grands espaces, le faire avec une rapidité telle que la composition atteigne à l’harmonie, est une manière de briser le cadre dans lequel la photographie montre le monde, en particulier en ce qui concerne ces espaces saturés d’homme(s) et d’histoire(s) : la ville. En ce sens, l’utilisation de la chambre panoramique est à la fois un défi et un outil approprié à la volonté d’exposer, de dérouler une histoire en train de se tisser.

III° APPROCHE EMOTIONNELLE

« Sans cette conscience physique de l’anéantissement qui, seule, ouvre à celle de l’infini, il n’y a pas de poésie, il n’y a que de la littérature. »

Annic Le Brun, Appel d’air

Épuiser dans son contenu et dans sa forme le fait coréen prend ici un sens subjectif extrêmement fort : parvenir à cristalliser dans un nombre limité de photographies cette réalité au point que ces photographies viennent à bout de la réalité elle-même et, d’une certaine manière, la rende superflue.

Tenter de mener ces voyages à travers le monde et de photographier chaque pays, chaque région, chaque ville, chaque homme, comme si ce pays, cette région, cette ville, cet homme allait disparaître aussitôt après, comme si la photographie prise allait être la dernière – au sens où l’on parle des derniers mots de quelqu’un – et qu’il faudrait désormais s’en contenter.

En faisant disparaître la réalité derrière la photographie, en l’abolissant, et par cet excès même, l’acte de photographier (re)devient un geste définitif. Pour y arriver, il faut moins consommer le monde que le désirer : rencontrer l’un de ses éléments, s’y arrêter, puis s’interdire d’y retourner jamais. Qu’il y ait entre le photographe et son objet de l’irrémédiable ainsi qu’entre deux amants : donc une rupture qui laisse l’un et l’autre seul avec sa collection d’images personnelles.

La photographie est aussi une manière de collectionneur : se saisir du monde, puis se contenter de cette saisie — au point d’être une dispense de l’objet initial.

IV° D’UN LIVRE

Outre différentes expositions qui auront lieu en Corée et en France Un livre rassemblera deux séries de photographies panoramiques et des séries sur les foules/rassemblement en Corée du Nord, une série sur la typologie des lieux « culte de la personnalité » du grand leader Kim Il Sung, etc….

Des textes – publiés dans la langue d’origine et traduit en français – y seront adjoints avec le souci non pas de commenter ou de légender les photographies mais d’obtenir un effet de résonance.

Tous les éléments matériels et graphiques (couverture, mise en page, papier, typographie…) contribueront à faire de cet ouvrage plus qu’un simple recueil : un objet clos, un microcosme.

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